L'enfant

La vie, présente dans le regard d’un enfant naissant, nous semble toujours merveilleuse. On y décèle cette étincelle qui anime le corps et le transforme en ce que l’on nomme souvent la dignité humaine. Mais pourquoi donc cette étincelle semble-t-elle s’étioler lorsque l’enfant grandit, voir même jusqu’à s’éteindre dans certains cas ?

Dans Terre des Hommes, Saint-Exupéry nous parle du visage de musicien d’un enfant, d’un Mozart enfant et ce qui tourmente Saint-Exupéry, c’est un peu de trouver chez plusieurs hommes le Mozart assassiné. Mozart est une image pour nous faire comprendre que la nature de l’être humain en devenir ne repose pas uniquement sur la facette matérielle de l’homme mais aussi sur quelque chose de plus. Ce Mozart, cette individualité est là, en sourdine et peut se développer si elle se retrouve dans un environnement favorable.

Ce qui importe dans l’art de l’éducation, c’est la connaissance de tous les éléments de la nature humaine et du développement de chacun d’eux en particulier... Il faut savoir sur quelle partie de l’entité humaine il est opportun d’agir à un âge donné, et par quels moyens cette action s’exerce conformément à la nature des choses.

L’enfant en bas âge, de 0 à 7 ans, n’apprend pas par des enseignements mais par l’imitation. La joie inspirée par l’entourage de l’enfant et partagée avec lui, la sérénité souriante des visages, et surtout l’affection sincère et spontanée baigne de sa chaleur l’entourage physique de l’enfant. Si des modèles sains sont proposés à l’imitation de l’enfant, dans cette atmosphère d’affection, celui-ci se trouve alors dans son véritable élément.

L’enfant a besoin de voir l’adulte dans une action qui soit liée à une activité qui puisse lui dire quelque chose. Lire, compter, écrire sont des exemples d’activités qui ne disent rien à l’enfant car il ne peut pas les reproduire. L’enfant perçoit le monde par l’activité dans laquelle il est absorbé. Nous devons donc le placer dans un environnement où il peut reproduire des gestes dignes d’imitation. Il a besoin de voir des adultes en action pour, par la suite, les reproduire dans ses jeux.
Du point de vue de l’adulte, le jeu et le travail semblent être le contraire l’un de l’autre mais en réalité ils sont comme les degrés successifs d’une métamorphose. La façon dont un enfant joue, se retrouve beaucoup plus tard dans la manière dont l’adulte se comporte dans la vie. Un enfant qui est superficiel au jeu sera aussi superficiel plus tard. C’est le même sérieux que l’enfant met à jouer qu’il mettra plus tard, une fois adulte, à travailler.

À cet âge, l’enfant apprend tout par le jeu, donc par l’imitation. Il faut éviter l’enseignement intellectuel à cet âge car il est prématuré, voire traumatisant. Nous voyons beaucoup trop d’enseignement intellectuel donné aux enfants car cela est plus facile que de donner un bon modèle à l’enfant, ce qui demande une certaine discipline intérieure.
Enfant
Il ne faut pas se leurrer, la plupart des enfants ne savent plus jouer de nos jours. Il faut donc réapprendre à jouer. Mais un enfant qu’on amène consciemment à jouer par imitation a ainsi la possibilité de développer des qualités que, plus tard, il ne pourrait acquérir qu’à grand peine et au prix d’une sévère éducation de soi-même: l’ordre, le soin, le dévouement, la patience, etc.

Le rôle du jouet est de donner à l’enfant la possibilité de devenir intérieurement actif par l’imagination. Par exemple, un enfant qui est face à une poupée faite d’une serviette nouée par opposition à une poupée commerciale aux formes humaines bien définies, activera son imagination pour compléter cet objet et lui donner l’apparence d’un être humain. Ce travail d’imagination ne dirige pas l’enfant dans des voies déjà tracées qui limitent ses forces de création et risquent de le détourner de ses réels intérêts.

Les enfants qui savent jouer ne s’ennuient jamais. Partout ils trouvent des objets et des situations qui les incitent à jouer. Les forces investies dans le jeu se transforment en aptitudes qui, plus tard, seront précieuses pour les études et l’apprentissage d’un métier ou d`une profession.

Extraits et image tirés de:
Rudolf Steiner: Éducation de l’enfant à la llumière de la science spirituelle, Triades, 1985
Michaela Glöckler et Wolfgang Goebel, L’enfant son développement, ses maladies, Éd. Anthroposophiques Romandes, 1993
Freya Jaffke: Jouets à faire soi-même, Triades, 1993