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Question-sondage - no 6
janvier 2007, provenant de France: Pour répondre à votre question, je vais simplement vous faire part de l'expérience que j'ai mise en place sur mon lieux d'observation dans le cadre d'une démarche d'ingénierie. Je suis accueillie sur une structure qui reçoit des personnes handicapées de 21 ans à 64 ans. Je me suis présentée aux résidents et aux personnels. Je vouvoie personnels et résidents. Au départ, ma démarche a étonné tout le monde, car c'est un milieu où les personnes handicapées sont toujours tutoyées. Un seul résident m'a dit: " pourquoi tu ne me dis pas tu, toi?" "tu
veux que je te tutoie? " ; Cette
démarche à suscité beaucoup d'interrogations. Des personnels ont déclaré
être parfois gênés quand, dans les magasins, des personnes tutoyaient les
personnes handicapées, que très vite, cela avait l'air infantilisant. Notre regard influence notre attitude, mais l'autre se voit, existe au travers de ce regard. Cela a pour conséquence qu'il va nous renvoyer ce qu'il a perçu chez nous et nous confronter d'autant plus dans notre attitude, qu'il va se calquer à ce qu'il a perçu. Suis-je compliquée? Est-ce compréhensible? Nous
sommes à une époque où l'image à beaucoup d'importance. Celle que nous
percevons, celle que nous donnons de nous-même. Celle que nous pensons
percevoir dans le regard de l'autre et que nous renvoyons. 4 février 2007, provenant du Québec (Canada):
3 mars 2007, provenant d'une adresse aol: Oui, j'en suis certaine. 11 avril 2007, provenant de France: Oui absolument 12 mai, 07 provenant de France: oui évidemment ! 16 mai 07, provenant du Canada Non seulement il influence l'attitude, mais il
conditionne les comportements à son égard. Le regard cherche à créer,
définir et juger cette personne qu'il regarde selon l'image qu'il se fait
d'elle plutôt que ce qu'elle est ou fait réellement... Si l'on dit que la
beauté est dans l'oeil qui regarde, le mal peut provenir de la même source.
Toutes les forces, faiblesses, vices ou vertus perçus de ce regard sur
l'autre deviennent très relatives, manipulables et facilement
impressionnables par les autres. Et il n'en faut pas plus à l'intérieur d'un
système de liens affectifs pour créer des déités ou des démons, gratifiant
l'un et aliénant l'autre, et laisser libre cours à une forme de violence
systémique très insidieuse et nocive. 8 juin 2007, provenant d'Italie Cliquer ici pour lire d'autres textes que Dr Oddone nous propose en complément de celui-ci. M.M.
RÉPONSE À VOTRE QUESTION
Bonjour, Marguerite.
Selon Nicolas de Cues (ou bien Nicolas Krebs, 1401 - 1464), la façon dont on regarde Dieu déterminera l’image que l’homme aura de Dieu. En d’autres termes : s’il Le regarde comme un principe d’amour, il verra une entité amicale, s’il Le regarde comme une « Autorité » menaçante, il ne verra qu’un Dieu foudroyant.
En réalité, ce « regard » n’est pas tellement une question de « comment je vois » et/ou d’émotions, mais plutôt et surtout de définitions sociales et relationnelles de la personne en elle-même et par rapport à nous et à notre contexte, desquelles découlent des conséquences opérationnelles individuelles et sociales. Un exemple typique ce sont les définitions juridiques : si je définis le cadavre de M. X en terme de « mort accidentelle », M. Y (qui l’avait frappé) s’en sort tranquillement, si je le définis comme « meurtre », M. Y sera écroué.
Dans la vie de tous les jours, nous faisons continuellement, à chaque instant, des définitions de ce type, qui nous permettent de mesurer à chaque instant nos distances sociales réciproques, organiser et réorganiser nos parcours, etc.. Elles nous permettent aussi bien de simplifier la complexité énorme des êtres humains avec lesquels nous entrons en contact ; par exemple, quand nous définissons M. Un Tel comme « psychopathe », ou comme « SIDA », nous allons lui afficher une étiquette, un « label », qui nous autorise à le mettre à l’écart car « dangereux ». C'est à partir de ces processus autour des définitions sociales, que le prof. Thomas J. Scheff, de l'Université de Californie, proposa en 1968 le concept de « Negotiation of Reality », la négociation sur (ou à propos de) la réalité: sociale, comportementale et relationnelle. Notre regard sur les autres nous permet de redéfinir les « autres », nous-mêmes, et nous par rapport aux « autres ». Cela, dans les contextes du quotidien aussi bien que dans ceux des professions, et plus encore de l'intervention diagnostique, thérapeutique, et dans les actes d'assistance.
Virginio Oddone
Dr. Virginio ODDONE, M.D.
V. Avogadro 6 10121 - Torino (Italy) e-mail: oddovir@ipsnet.it medico.legale@cto.to.it ****************** J'ai enfin le droit de saluer des êtres que je ne connais pas Ils passent devant moi et s'accumulent au loin Tandis que tout ce que j'en vois m'est inconnu Et leur espoir n'est pas moins fort que le mien. (Apollinaire, Le musicien de Saint-Merry.) πάντες ἄνθρωποι τοῦ εἰδέναι ὀρέγονται φύσει
Per loro natura tutti gli uomini desiderano di
sapere.
All men by nature desire to know Tous les hommes désirent naturellement savoir. (Aristotele, Metafisica, Libro I, I, 1). |
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