Euthanasie et soins palliatifs

mise à jour,14 juin 2008

  • NOTE 7 mai 2008: Le site de l'AQDR a été mis à jour et les propos contre lesquels je m'insurge sont toujours en ligne, bien que n'ayant plus de lien direct à partir de la page d'accueil.
    J'ai signé la lettre suivante: Lettre ouverte  en réaction à l'Association québécoise de la défense des droits des retraités et des préretraités, (AQDR). Elle a mis en ligne des documents engageant ses membres et laissant entendre que la population a tranché sur un sujet qui mérite meilleur débat: l'euthanasie et le suicide assisté.
    23 nov.07: Les deux documents qui étaient présentés en page d'accueil du site concerné ont maintenant rejoint sur le site les autres textes portant sur l'euthanasie. Toutefois, on ne parle plus de "comité" mais de "dossier".

01 mars 2008: « Mourir dans la dignité ? Clarification des concepts et des pratiques ».  Texte de Marcel Mélançon, qui vient d’être publié aux Presses de l’Université Laval.
 


EUTHANASIE : Extraits de discussions sur Gerialist,
à la suite de la parution de deux excellents articles dans Le Monde et Libération

Dans le message que vous trouverez au numéro 13568 des archives de Gerialist, Brigitte Barreiro nous présente un article du journal Le Monde, paru le 31 mai 2002, sous le titre L’euthanasie est dépassée, et signé par Paula La Marne.

Brigitte Barreiro termine son message par le commentaire suivant :
« Par ailleurs, pour avoir suivi une formation de bénévole d’accompagnement aux soins palliatifs, je ne peux que m’élever contre l’ « ambiance » actuelle qui nous dirige droit vers l’euthanasie. »

Je lui ai demandé de bien vouloir développer ce commentaire. Elle m’a autorisée à reproduire pour vous sa réponse, qui figure aux archives de Gerialist.

Message numéro 13573:

Concernant votre question Marguerite, ce qui me conduit à penser que nous allons directement vers une légalisation de l’euthanasie compte tenu de « l’ambiance » actuelle est dû à plusieurs choses..

1- d’abord, le contexte actuel de médiatisation à outrance qui à mon avis oriente l’opinion publique, et donc, nos décideurs. Je m’explique :Il y a une multitude de supports, l’information arrive très vite, il y en a énormément. Moi qui travaille dans ce métier-là je connais bien l’adage « trop d’information, tue l’information ». C’est un peu ce qui se passe actuellement. On ne trouve plus guère d’endroits où l’information est vraiment de l’information. En général elle est plutôt courte, « accrocheuse » dans son contenu. On en ressort avec des idées toutes faites mais sans avoir le contexte autour de cette information, le pourquoi du comment, etc.. En fait pour avoir vraiment une opinion sur quelque chose il faut faire l’effort de s’informer, ailleurs, en comparant différentes sources, ... Mais comme on a l’habitude d’avoir du tout cuit et de recevoir (télévision, Internet, journaux, ...) il devient difficile de faire des efforts pour s’informer vraiment. La contradiction c’est qu’on a en face de nous tous les moyens pour accéder à l’information, mais qu’on la subit plutôt que de se servir réellement des moyens d’accès mis à notre disposition!

Ce qui donne au bout du compte des gens mal informés et qui ont des idées plus ou moins claires d’une situation ou d’un évènement. Et sur des sujets graves pour la société, tels que l’euthanasie j’ai par exemple constaté :
- on mélange allègrement euthanasie passive et active (l’euthanasie passive est acceptée par les soins palliatifs, reconnue par l’Église, ..)
- on médiatise des cas extrêmes de demande d’euthanasie avec des gros titres, tout juste si les médias ne prennent pas partie, sans envisager une quelconque réflexion sur ces demandes,
- et j’en passe ..

Mais avez-vous remarqué d’une façon générale, quand vous connaissez bien un sujet et que vous lisez un article sur ce sujet, vous ne vous sentez pas frustré par le contenu de l’article ? parce que tout n’est pas dit, parce que c’est un peu déformé, ... ?

Il me semble au fond que les médias en arrivent à «forger» l’opinion publique. Et quand en plus on fait des sondages où il ressort que 86% des personnes interrogées sont favorables à l’euthanasie, mais quand on sait aussi (mais qui le sait ?qui le dit ?) que la question derrière qui a été posée est à quelque chose près : « accepteriez-vous de mourir dans des souffrances intolérables » ? Je ne sais pas ce que vous en pensez sur cette liste, mais moi, bien entendu, je réponds non!

Et de là on en conclut que les Français, et on leur dit, ce qui est encore plus grave, qu’ils sont favorables à 86% à l’euthanasie!

2- Je trouve qu’on est dans une société où prime l’image, la jeunesse, la beauté, la santé physique, les normes également (mince, etc etc). Cette dictature a d’ailleurs une responsabilité vis à vis des boulimiques, anorexiques mais ce n’est pas le sujet de cette liste.

Elle joue aussi un rôle dans le sujet qui nous préoccupe : une personne diminuée, handicapée bref « différente » perd sa « dignité » dès lors qu’elle n’est plus physiquement « normale », psychologiquement « normale ».

Exemple tout récent : un débat public auquel j’ai assisté, et dont je suis ressortie effarée, et assez abattue je dois dire.

Quelqu’un d’un certain âge dans la salle qui déclare que s’il a la maladie d’Alzheimer, « il ne veut pas faire subir cela à ses enfants ni à lui même ».

3- La famille est éclatée, il n’y a plus vraiment de solidarité inter famille, entre générations c’est en train de disparaître.
Les personnes âgées ne jouent plus leur rôle de transmission de repères, de valeurs, de sagesse…
La vieillesse, la dépendance sont vécues comme des fléaux et comme un poids, les vieux sont considérés comme étant inutiles. On oublie leur patrimoine... puisqu’on ne le vit plus vraiment dans les familles. Donc l’euthanasie émerge là aussi..

4- Enfin la mort. La mort est tabou en Occident, elle fait peur. La première chose que l’on nous apprend en SP (soins palliatifs) est qu’il faut travailler sur soi et sur sa propre mort. Comment voulez-vous que l’on accepte la fin de vie de quelqu’un si on ne supporte pas l’idée de sa propre fin. La mort fait partie de la vie, pourquoi ne pas en parler, l’évoquer, .. Comment peut-on prendre la main de son prochain, l’aider à évoquer ses peurs, si nous sommes nous mêmes terrorisés et fuyons cela ?

D’ailleurs la mort commence même avant qu’elle soit là : quelqu’un dont la flamme vacille, on se dit « à quoi bon » ? « il faut l’aider à mourir ». Peut être que si on nous transmettait le sens de la vie et de la mort, le respect de la nature, des personnes, ... nous n’en serions pas là.

A mon sens et pour terminer, le débat sur l’euthanasie reflète bien l’état de notre société. C’est comme si la solidarité disparaissait.. Nous massacrons la nature, allons-nous massacrer nos vies ? Mais je ne veux pas jeter la pierre aux partisans de l’euthanasie non plus et après tout: si ces gens-là ne font pas assez confiance en leur prochain pour leur porter secours, les entourer, les aimer, les respecter jusqu’à la fin, n’est-ce pas le résultat d’une société individualiste ?
N’en sommes nous pas tous responsables ?.

Pardonnez-moi si j’ai été un peu longue, j’espère avoir répondu à votre question, et ceci n’engage que moi bien entendu, mais votre opinion à tous m’intéresse. Je trouve que l’article du Monde reflète parfaitement cet état d’esprit du moment.
Bien cordialement,
BB
PS. - un débat sur une radio nationale dernièrement, où 90% des auditeurs qui s’expriment sont favorables à l’euthanasie.


Éric Loorius, pour sa part, nous met sur la piste d’un autre article, celui de Bernard Debré, dans Libération, article 32768, 6 juin 2002.




Enfin, Serge Guigneur, autre correspondant de Gerialist, a fait le commentaire suivant, archivé au numéro 13608. Il élaborera peut-être davantage dans des textes à venir. Il sera le très bienvenu. À suivre…

Subject: Gerialist... euthanasie (suite)
Date: Sat, 08 Jun 2002 08:46:20 +0200
"'S. Guigneur'"

Brigitte Barreiro et Éric Loorius ont écrit:

« Ce qui me gène mais ce n’est pas la première fois (j’ai eu le même problème avec Maastricht) c’est que dans l’opposition à une légalisation, on se retrouvera avec les cathos intégristes (genre laissez-les vivre) et l’extrême droite ...
Oui tout à fait, cela me met terriblement mal à l’aise. Les extrémistes mettent d’ailleurs dans le même débat l’avortement. Ce qui fait que je me suis retrouvée souvent avec ce type de personnes dans des débats. Je trouve que cela ne fait pas avancer notre cause et voire, cela la dessert. Je ne voudrais pas que les opposants à l’euthanasie passent pour des personnes fermées à tout, notamment à toute évolution, dans le sens : « travail, famille, patrie », si vous voyez ce que je veux dire! »

Je crois qu’il ne faut pas oublier que l’extrême droite et de nombreux cathos intégristes ont des conceptions éthiques qui varient énormément : qu’on les entende beaucoup quand il s’agit de s’opposer à l’avortement et à l’euthanasie ne doit pas faire oublier qu’ils sont favorables à la peine de mort, et que leurs positions éthiques, sur lesquelles ils sont si fiers de camper, sont assez fluctuantes selon les contextes historiques et géographiques.

N’oublions pas que le contrôle des naissances leur paraît souvent moins choquant quand il a lieu en Afrique ou en Asie qu’en France ; n’oublions pas qu’ils soutinrent les thèses eugénistes développées en France dans l’entre deux guerres et qui s’accordèrent très bien avec les actions menées par le IIIe Reich (eugénisme, euthanasie, stérilisation, sélection raciale, etc.) ; n’oublions pas qu’ils ont une très grande part de responsabilité dans le développement du «racisme anti-vieux». Ce sont en particulier eux qui, jusque dans les années 50, soutinrent très fortement une politique nataliste et utilisèrent comme argument les « conséquences tragiques » du « vieillissement de la population » : « affaiblissement du peuple et de la race, etc. »

Sachons aussi que nombre d’entre eux, en soutenant aujourd’hui des politiques ultralibérales, créent résolument une séparation entre les « bons vieux » (« blancs, riches, actifs et dignes ») et les « mauvais vieux » (« pas toujours blancs, pauvres, passifs et indignes »).

Sachons enfin que les écrits de certains spécialistes (souvent très proches de la Fondation nationale de gérontologie) es biologie et es gérontologie, révèlent des positions étranges : rétablissement de l’oeuvre de Alexis Carrel (médecin français eugéniste et collaborateur), comparaisons indignées entre le grand effort fait pour les malades du Sida et le peu d’effort fait pour les vieux, etc.

Je crois qu’il ne faut donc pas craindre d’être assimilé et comparé à ces gens-là quand on s’oppose à la légalisation de l’euthanasie. Il existe suffisamment de faits et d’idées qui permettent de montrer leur barbarie et de nous distinguer radicalement d’eux.
Cordialement,
Serge.