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Le pouvoir de l'expert (première partie) par Dr Virginio Oddone Virginio Oddone est médecin, spécialiste en Médecine Légale, expert auprès du Juge, Tribunal de Turin ; jadis professeur à contrat (1973 – 2005) de Gériatrie Sociale, Université de Turin, Ecole de Spécialisation en Gériatrie. Actuellement il est aussi Médecin Légiste consultant de l’Agence Sanitaire Hospitalière CTO – CRF – Hôpital Maria Adélaïde, Turin.
Attention: la maladie causée par ce que vous, les Français, appelez le VIH, et qu’on appelle à l’anglaise HIV dans le reste de l’Europe, est le SIDA/AIDS. Il fut identifié aux alentours de 1981 - 1982, c’est-à-dire il y a environ un quart de siècle, 25 ans. Cela signifie que les 65naires d’aujourd’hui avaient à l’époque 40 ans; ils appartiennent donc à la génération de ceux qui à l’époque étaient les parents des enfants et des adolescents et/ou des jeunes adultes touchés par le SIDA transfusionnel, le SIDA transmis sexuellement, celui lié à la drogue, mais aussi - et bien plus facilement - de ceux qui s’opposèrent aux porteurs du VIH. Leur génération est celle qui a élaboré les deux réponses qui à l’époque furent les plus appuyées par les populations des pays occidentaux: l’exclusion, la diabolisation des «séropositifs », et la critique contre les complicités des institutions devant la maladie (je pense aux « affaires du sang contaminé » qui ont explosé en France et en Italie et ailleurs, quoique à des moments différents). Seulement une minorité, très restreinte à ma connaissance, se battit pour le respect et la protection des droits du patient séropositif. Heureusement elle obtint la protection des droits des séropositifs, mais avec beaucoup de difficultés. J’ai vécu personnellement cette tourmente et ces batailles, car le hasard voulut que je sois chargé d’instruire, en octobre 1983, un des premiers cas connus en Italie d’enfants séropositifs. C'était aussi le premier cas à faire l’objet d’une procédure de protection devant un Tribunal des Mineurs (mère ex-droguée, père criminel qui les avait abandonnés, les enfants et la mère avaient été placés dans une communauté publique) à Turin, où j’étais juge honoraire. Peu de temps après, je fus chargé de l’instruction du cas d’un enfant dont les deux parents étaient très atteints par le virus et la dégradation conséquente à une vie marquée par la drogue et la maladie mentale. À l’époque on ne savait pas encore si l’enfant était séropositif, mais il a suffi que coure la rumeur de la séropositivité du père pour faire éclater la grève des mères des autres enfants de l’école maternelle. L'enfant fut chassé. Ce cas fut vraiment tragique: l’enfant perdit les deux grands-parents paternels (fauchés par un cancer) auxquels il avait été confié par le Tribunal. On le mit par la suite chez un jeune couple, dont je garde un souvenir extraordinaire. Ses nouveaux parents adoptifs l’acceptèrent non pour «mission» éthique, mais tout simplement comme un enfant, par solidarité spontanée. À sa mort, le directeur du journal local découvrit le fait et chercha par tous les moyens à «hurler» la nouvelle «à la une». Je me souviens du débat féroce devant le juge local, à qui le couple avait eu recours pour bloquer la chose, les menaces du journaliste qui avait fait venir la TV et les grands quotidiens à son aide; la droiture et la netteté de la juge (qui lui donna tort, le droit à l’information ne pouvant enfreindre l’espace privé et les raisons de la dignité d’un citoyen, qu'il soit adulte ou mineur, mais elle fut insultée par la presse). La même chose arriva aux deux jeunes parents «affidatari»: deux personnes ordinaires, comme il y en a des millions dans les rues, pour qui tout simplement il y a des choses que l’on ne fait pas, et d'autres que l’on doit faire. «Fatti non foste per vivere come bruti, ma per seguir virtute et caunoscenza»: Vous n’avez pas été faits pour vivre comme des brutes, mais pour suivre la vertu et la connaissance, fait dire Dante à l’âme d'Ulysse dans l’Enfer de sa «Divine Comédie». Eh bien, ceux qui voulaient étaler l’histoire de l’enfant et faire du scandale pour le fait qu’il avait vécu parmi les autres et était allé à l’école, c’étaient des gens de 40 - 50 ans, qui maintenant sont des ultra-65. Cette génération a mis en marge les séropositifs hier, aujourd’hui elle est instinctivement persuadée que le séropositif n’a pas de place dans la société des «normaux», et alors cache cette condition quand elle se développe chez elle. C’est l’application de ce que j’ai écrit à Marguerite Mérette en réponse à sa dernière question sondage, et qu’elle a voulu mettre sur son site: Nicolas de Cues disait que l’image que nous avons de Dieu est la conséquence de la façon dont nous Le regardons. Si nous Le regardons avec amour, nous verrons un Dieu d’amour, si nous Le regardons comme «Autorité», nous aurons un Dieu foudroyant. De même dans la vie: si nous croyons en la solidarité, nous l’aurons, le moment venu; si nous n’y croyons pas, nous vivrons dans la crainte d’être rejetés à cause de ce qui nous fera devenir «différents», faibles, incapables, et nous vivrons dans l’angoisse d'être découverts, que nos faiblesses et nos «déviances» soient mises à nu. Cela dit, je suis d’accord qu’il faut tout mettre en oeuvre pour aider ces personnes, tout en se rappelant que chez ces séropositifs on peut s’attendre de trouver des pourcentages plus élevés que d’habitude de gens avec de très anciens troubles de la personnalité qui les «conditionnent», en quelque sorte, à tenir des comportements à risque, non seulement dans l’utilisation du condom, mais aussi - et plus encore - dans le choix du partenaire (en général, mercenaire et « à haut risque » elle/lui aussi) et des « choses » qu’il veut faire. À remarquer aussi que parfois ces comportements sont la conséquence d’une tentative d’escroquerie: il n’est pas tellement rare qu’un «bon ami» présente à M. Un Tel, 75 ans bien portés et des bonnes économies soigneusement entretenues, des «amies sympathiques», aux grands décolletés, le nombril bien découvert etc. etc., dont une lui fera des sourires de plus en plus grands, et quinze jours plus tard la banque lui refusera un chèque car le compte sera vidé.
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