La force et la crédibilité de
la médecine traditionnelle chinoise reposent en bonne partie
sur son histoire cinq fois millénaire.
Pourquoi écrire aujourd'hui sur
ce qui se pratiquait en médecine il y a de cela plusieurs
millénaires ? Parce que tant de nos problèmes de santé actuels
se sont déjà présentés dans le passé et ont déjà été résolus
en partie par cette médecine.
Les principales références
utilisées sont:
- WONG, K., Chimin et Wu
LIEN-TEH, History of Chinese Medicine,
2ième édition, Taipei (République de Chine),
Southern Materials Center Inc., 1985, 906p.
- MINDICH, Jerry H., "Five
Millenia of Medical Practice", Free China Review,
vol.37, no.2, février 1987: 10-27.
- UNSCHULD, Paul, Medicine
in China, A History of Ideas, University of California
Press, 1985, 424 p.
- UNSCHULD, Paul, Medicine
in China, A History of Pharmaceutics, University of
California Press, 1986, 367p.
Les origines des médicaments
chinois remontent aux temps les plus anciens, voire
préhistoriques. La superstition de la crainte générale de
l'inconnu, amplifiée par les tremblements de terre, les
inondations et les maladies, ont poussé à croire que les
esprits influençaient tous les aspects de la
nature.
Depuis le début de la dynastie
Shang (XVIième-Xiième siècle av. J.C.) jusqu'au IIIième siècle
avant notre ère, le pouvoir des esprits resta très persuasif
dans la vie des Chinois. Les souverains Chang, aussi pontifes,
consultaient souvent l'oracle avant presque toute décision
importante et pratiquaient le sacrifice humain pour plaire aux
esprits et les apaiser.
La pratique chinoise de la
médecine a évolué en trois étapes durant cette période. Dans
les premiers temps, les praticiens n'étaient autres que
chamans ou guérisseurs respectés pour leur pouvoir de
communiquer avec le monde des esprits. Puis, combinant des
méthodes plus ou moins thérapeutiques différentes de la
divination, l'incantation ou la prière, apparut une autre
fonction qui se détacha bien vite de celle de guérisseur,
malgré la superstition séculaire qui se mêlait toujours à
l'art de la guérison.
À cette époque, les maladies
étaient considérées comme une entité à part qui s'attachait au
corps. Sous la dynastie Chang, on retrouve différentes
appellations d'affections communes, comme celles des yeux que
l'on croyait être la conséquence d'une offense aux esprits des
ancêtres.
Le guérisseur spirituel, appelé
wou en chinois, donnait des "soins" à un patient en
implorant le "départ" des esprits des ancêtres ou les
puissances surnaturelles similaires. Comme dans toute
civilisation primitive, si la santé des malades s'améliorait,
le guérisseur était acclamé plus pour son pouvoir de
communiquer avec les esprits que pour sa compétence médicale
particulière.
Même après le remplacement des
guérisseurs spirituels par les praticiens, le rôle des esprits
était toujours aussi prépondérant dans la croyance populaire.
Dans les Entretiens de Confucius, Confucius déclare que
chez les populations méridionales, on ne peut devenir sans
expérience, un guérisseur spirituel ni un praticien. Une autre
fois, lorsque Confucius tomba malade, son disciple Tseu-lou
implora les esprits.
Cela illustre le rôle du
guérisseur spirituel et la pratique de la guérison par les
esprits. Ces deux fonctions étaient tout à fait acceptées à
une époque aussi tardive que celle de Confucius (VIième siècle
av. J.C.). On spécule toujours sur la durée de ces deux
fonctions aux pratiques assez distinctes de l'ancienne
Chine.
Selon la légende, les premières
connaissances médicales de la Chine remontent à plus de cinq
mille ans avec l'un des grands sages chinois, Shen Nung, qui
enseigna l'agriculture aux Chinois. Faisant partie de cet
enseignement, il goûta toutes les variétés de plantes pour
connaître leur effet curatif. Au cours de ces activités, on
suppose que Shen Nung s'empoisonnait 70 fois par jour, mais
qu'il en trouvait aussitôt l'antidote. De très anciennes
gravures représentent souvent ce fait. Les expériences de Shen
Nung qui constituent les toutes premières connaissances
médicales de la Chine sont passées à la
postérité.
Les plus anciens textes de ces
légendes datent d'un peu plus de quinze cents ans. Cependant,
des découvertes archéologiques ont démontré que la Chine était
une société agricole au temps légendaire de Shen Nung. Les
premiers paysans chinois ont bien pu découvrir les effets
autres que nutritifs de certaines plantes, telles les
purgatifs, lesquels ont été administrés pour soigner des maux
d'estomac. Quoique la connaissance des plantes médicamenteuses
soit le résultat de longues expériences collectives, Shen Nung
est vénéré comme le fondateur de la médecine
chinoise.
Il faut noter un véritable
progrès vers le milieu du premier millénaire avant l'ère
chrétienne. L'intrusion de plantes médicinales s'administrait
déjà à cette époque. À cause de la distinction peu claire
d'avec les plantes vénéneuses, on restait non sans raison,
assez hésitant à absorber ces médicaments. Les Entretiens
de Confucius font état qu'une fois, Confucius reçut une
infusion médicamenteuse pour le guérir d'un mal. Il la refusa
net en sachant ce qu'elle contenait. Ailleurs, dans le
Livre des rites, on signale les mêmes appréhensions. Le
texte poursuit son avertissement en rappelant qu'une telle
médecine ordonnée par un praticien ne devait point être
absorbée si la famille n'avait déjà ainsi été soignée depuis
au moins trois générations. On comprend que l'empoisonnement
par un médicament impropre n'était pas commun et qu'un
breuvage médicinal était plus un apport externe qu'une
méthodologie courante pour le guérisseur
spirituel.
La période des Royaumes
combattants est une époque intellectuellement riche du début
de la civilisation chinoise. La croissance économique
qu'accompagnaient les écoles de pensée rivalisantes connut un
progrès important dans le domaine des sciences médicales.
Comme le souverain de Tcheou perdait à la fois le pouvoir
politique et l'autorité morale (pontificale), les croyances
anciennes s'estompèrent. L'approfondissement de toutes les
connaissances, médicales aussi bien que thérapeutiques,
contribua à une séparation nette entre les fonctions de
guérisseur spirituel et de praticien.
En ce temps-là, le diagnostic
et le traitement suivaient des principes définis. Dans son
ouvrage, Annales historiques, Ssu-Ma Ch'ien de la
dynastie de Han, rapporte que les praticiens des Royaumes
combattants énonçaient de nombreuses formes de diagnostic
qu'ils divisaient en quatre catégories: l'observation du mal
et la palpation du patient, l'auscultation du patient (la toux
et la qualité de la voix), la relation des effets du mal par
le patient et l'examen du pouls. Cela formait les principes de
base du diagnostic médical chinois et l'est encore
aujourd'hui.
Le traitement se faisait selon
des méthodes plus rigides encore. À côté du traitement par les
plantes, l'acupuncture était couramment employée, ainsi que le
massage, les compresses de moxa (contre l'irritation) et de
nombreuses techniques parachirurgicales. Il semble que la
découverte la plus significative sur l'antique médecine
chinoise est le traité médical, écrit sur de longs rouleaux de
soie, récemment retrouvés dans le tombeau de Ma-Wang-tui, près
de Ch'ang Sha (province de Hunan) datant de la dynastie de
Han. Datant des Royaumes combattants, c'est le plus ancien
traité de médecine parvenu jusqu'à nos jours. L'ouvrage
comprend une liste de plus de cent maladies différentes et
donne au moins un ou deux modes de traitement pour
cinquante-deux d'entre elles. Ailleurs, on dénombre plus de
vingt remèdes pour une maladie. Il y a en tout près de trois
cents formules de traitement qui font usage de 240 potions de
plantes médicinales.
Ces rouleaux de soie
contiennent plus de quarante illustrations en couleur pour les
soins ou la prévention des maladies. Certaines sont dénommées
d'après la maladie qui est soignée, d'autres se réfèrent au
traitement. Cette découverte fait preuve d'un résumé des
connaissances médicales en Chine bien avant l'ère chrétienne
où la maladie était déjà considérée comme quelque chose ayant
des causes et des soins précis.
Le nom et les techniques de
plusieurs praticiens célèbres depuis la période des Royaumes
combattants nous ont été transmis par divers ouvrages. Le
premier et le plus connu de tous ces praticiens est Pien
Ch'io, dont on trouve la biographie dans les Annales
historiques de Sun Ssu Miao. Pien Ch'io est considéré
comme le grand maître du diagnostic, particulièrement pour
l'examen du pouls. Il semble qu'il soit le premier à avoir
combiné les plantes médicinales dans ses ordonnances. Il
acquit ainsi une si grande renommée de son temps et longtemps
après sa mort que les traités de médecine ont tous fait acte
de foi en son autorité en vue d'obtenir quelque créance auprès
des lecteurs.
Une fois, Pien Ch'io séjournant
dans le Ts'i fut reçu avec beaucoup d'honneur. Au cours d'une
audience avec le souverain de cet État, il lui diagnostica un
mal musculaire, qui sans soins, empirerait. Le souverain
stupéfait répondit qu'il n'avait contracté aucune maladie et,
après le départ de Pien Ch'io, il rit de cet avertissement
auprès de ses conseillers: "Ce médecin est vraiment rusé. Il
espère se faire acclamer en voulant soigner quelqu'un en bonne
santé".
Cinq jours plus tard, Pien
Ch'io, lors d'une nouvelle entrevue, réitéra son
avertissement: Votre Altesse est malade du système
circulatoire. Je crains que, si elle ne se soigne pas, cela
s'aggravera". Cette fois-là, le souverain de Ts'i exprima son
mécontentement à l'issue de cette nouvelle
entrevue.
Lors de la troisième rencontre,
cinq jours après Pien Ch'io déclara: "Votre Altesse a quelque
trouble dans le système digestif. Si elle ne se soigne pas,
cela s'aggravera". Cette fois-là, le souverain ne daigna même
pas répondre.
Cinq jours plus tard, lorsque
Pien Ch'io se présenta au seuil, il fit aussitôt demi-tour
après un bref coup d'œil dans la pièce. Surpris, le roi fit
envoyer un message pour en connaître la raison et Pien Ch'io
de répondre: "Quand le mal atteint les muscles, on peut le
soigner avec des plantes médicinales; au niveau de la
circulation sanguine, l'acupuncture peut guérir; dans le cas
du système digestif, des concoctions alcoolisées ont leurs
effets. Mais maintenant lorsque la moëlle des os est atteinte,
même le juge des destinées humaines ne peut rien. Aujourd'hui
le mal du souverain est à ce niveau, c'est pourquoi, l'humble
serviteur de son Altesse décline toute
rencontre".
Au bout de cinq jours, le roi
de Ts'i tomba gravement malade et plusieurs ministres
partirent chercher Pien Ch'io pour faire quelque chose. Mais
sachant tout le manque d'espoir pour le souverain, Pien Ch'io
avait déjà quitté le pays. Peu après, le souverain de Ts'i
s'éteignit.
Malgré les extraordinaires
pouvoirs qu'on lui avait prêtés, Pien Ch'io faisait une
approche radicale pour soigner le mal. Il répétait que le
nombre des maladies était trop grand et la compétence des
praticiens fort limitée. Il énonça lui-même les conditions
sous lesquelles il était difficile de soigner certaines
maladies, notamment les abus de la vie et la croyance aux
esprits plutôt qu'aux remèdes.
Après des siècles de guerres et
de luttes, la Chine fut unifiée par la dynastie de Qin
(221-207 av. J.C.). Malgré la brièveté de son règne impérial,
Qin Shi Huang Qi, le premier empereur de Qin, força cette
unité des États soumis, précédemment rivaux et en lutte
perpétuelle, au moyen de mesures sévères et de lois
draconiennes. L'unification de la monnaie, des poids et
mesures et de la langue écrite fut une grande réalisation.
Mais ce n'est qu'avec la fondation de la dynastie de Han (206
avant J.C. - 220 après J.C.) que la médecine chinoise fit des
progrès significatifs.
La longue période des
expériences médicales qui précède la dynastie de Han a fourni
une large assise sur laquelle les auteurs hanniques (de la
période des Han) ont pu éditer des ouvrages plus généralisés.
Un des plus anciens et plus significatifs textes de médecine
est le Huang-ti Nai Ching ou la Médecine générale de
l'empereur Jaune, plus simplement appelé Nei
Ching.
Composé sous forme d'un
dialogue entre l'Empereur Jaune (Huang-Ti), souverain
légendaire de Chine, et un fonctionnaire spécialiste de la
médecine, le Nei Ching fut d'une grande renommée. Le style
littéraire de l'ouvrage permet de croire à une compilation de
différents textes de la période des Royaumes combattants et
des dynasties de Ts'in et de Han. Toutefois, l'ensemble semble
légèrement postérieur aux rouleaux de soie découverts dans le
tombeau de Ma Wang-toueï, mentionné plus
haut.
Mais le Neï Ching, même s'il
n'est pas le premier ouvrage de médecine chinoise, a sans
aucun doute une très grande signification historique. Il se
divise en deux parties: la première traite de sujets comme
l'anatomie, la physiologie, la pathologie et le diagnostic; la
seconde traite de l'acupuncture. L'ouvrage résume les
connaissances expérimentales, physiologiques et théoriques de
la médecine chinoise de cette époque.
Les parties du Nei-Ching ont pu
s'inspirer de formulations taoïstes sur les principes féminins
(yin) et masculin (yang) et les cinq éléments (le métal, le
bois, l'eau, le feu, la terre) qui ont tous une origine très
ancienne dans la pensée chinoise. Le symbolisme des cinq
éléments appliqué à la médecine cherche à expliquer le
fonctionnement et l'interaction du corps avec les phénomènes
naturels.
Une relation théorique
s'établit entre les forces macrocosmiques et microcosmiques de
l'univers qui agissent à l'intérieur de chaque être humain.
Depuis, maints ouvrages médicaux chinois sont en fait des
commentaires sur le Nei-Ching ou bien traitent d'applications
cliniques d'après cet ouvrage.
Un autre ouvrage médical des
premiers jours d'égale importance fut rédigé sous les Han de
l'Est (25-200 ap. J.C.) par le praticien Chang Chi, qui est
l'Hippocrate chinois. Cet ouvrage général, composé de seize
volumes, fut scindé en deux en deux; le premier des dix
volumes Shang-Han Lun ou Traité sur les maladies
induites par le froid; le second de six volumes,
Chin-Kuei Yü-Han Yao Lüeh ou Précis du cabinet
d'or. Le premier se fonde sur les principes énoncés dans
le Nei-Ching; c'est certainement le condensé le plus ancien et
le plus détaillé de plantes médicinales. Il comprend aussi
vingt-deux descriptions de maladies et près de quatre cents
règles de soins et cent-treize remèdes.
Chang Chi a particulièrement
insisté sur les conditions pathologiques et le diagnostic pour
l'administration de plantes médicinales. Il affirme qu'un
léger changement chez le patient requiert l'addition ou
l'omission de certaines plantes dans la posologie du
médicament ou carrément la prescription d'un autre remède. Ce
fut une très grande amélioration sur le traitement
précédemment utilisé qui était d'usage plus externe qu'interne
alors que la prescription des remèdes n'était guère spécifique
en termes de pathologie ou de diagnostic.
Le Shang-Han Lun
donne à chaque prescription une appellation, la posologie des
plantes à utiliser et le mode de préparation ou
d'administration. Cela a institué les fondements de la
médication en Chine.
Le nom de Hua T'o est presque
celui de toute une famille. Il fut immortalisé sous la
dynastie Ming grâce à l'ouvrage célèbre Le Roman des trois
royaumes. À cette époque, Ts'ao Ts'ao (155-220), premier
ministre (ou mieux, maire du palais) de la dynastie de Han,
qui finit par s'emparer du pouvoir, souffrait de terribles
maux de tête. Hua T'o fut appelé à son chevet et prescrivit
une "chirurgie nécessaire de la tête". L'homme d'État, croyant
à un autre complot des partisans impériaux, ordonna la mise à
mort de Hua T'o. Aussitôt, la famille de ce dernier brûla
toutes les œuvres et annotations que le médecin avait amassées
afin que les médecins des générations postérieures ne
subissent plus jamais le même sort. Avec cette grande perte,
la médecine chinoise a longtemps négligé la
chirurgie.
En général, les personnages et
les faits dans beaucoup de romans historiques chinois sont
corrects, seul le déroulement de l'action est fictif. Hua T'o,
né au début du IIIième siècle, excellait dans l'art médical,
notamment en chirurgie et dans l'usage de l'anesthésie. Il
refusa plusieurs fois un poste dans la fonction publique,
préférant la médecine. Ts'ao Ts'ao, ayant justement demandé à
Hua T'o de la guérir, aurait dû s'en tenir à la compétence de
ce dernier à qui il avait demandé de lui servir de médecin
officiel. Mais Hua T'o avait aussi refusé prétextant que sa
femme était malade. S'enquérant de la véracité de la chose,
Ts'ao Ts'ao apprit qu'elle était en parfaite santé et, fou
furieux d'avoir été trompé, fit mettre Hua T'o en geôle pour
finalement le faire exécuter.
Hua T'o n'était qu'un
chirurgien. Sa biographie dans L'histoire des derniers
Han fait état d'une opération abdominale avec l'usage
d'anesthésie. Il se servait aussi de pansements spéciaux pour
les blessures qui guérissaient, rapporte-t-on, en un mois. On
peut rester quelque peu sceptique quant au fait d'une
opération chirurgicale avec anesthésie à une époque si
reculée, mais plusieurs sources historiques l'ont
relaté.
Malheureusement, cette méthode
importante de Hua T'o ne lui a pas survécu. On ne trouve plus
guère d'événement chirurgical important avant l'époque moderne
(Ambroise Paré).
En plus de ses compétences en
chirurgie, Hua T'o fut un pionnier de la médecine préventive,
affirmant que le corps avait besoin d'exercice. Selon lui, les
mouvements du corps aident à la digestion, améliorent la bonne
circulation sanguine et, en conséquence, ne sont pas porteurs
de maladie. "C'est un peu comme la charnière d'une porte (en
bois dans l'ancienne Chine) qui ne pourrit pas lorsqu'elle est
en usage", disait-il. Hua T'o avait même développé un système
appelé les "Cinq exercices d'animaux" qui améliorait la
circulation du sang et l'énergie tout en prévenant la maladie.
Ces cinq mouvements étaient ceux du tigre, du cerf, de l'ours,
du singe et de l'oiseau. Il conseillait lors d'un malaise de
ne pratiquer qu'un seul de ces cinq mouvements par lequel on
acquérait une sensation de mieux-être, une respiration plus
douce.
Au cours des sept siècles qui
suivirent la chute de la dynastie de Han en 220, la médecine
chinoise a fait des progrès dans tous les domaines. La
pratique médicale pré-hannique était avant tout pragmatique et
expérimentale. Sous la dynastie de Han, on a ordonné et
répertorié toutes les connaissances grâce à une classification
théorique plus claire. Et dans la période suivante jusqu'à la
fin de la dynastie de T'ang (618-907), la médecine chinoise a
développé la pratique et la clinique en même temps que les
commentaires, interprétations et clarifications théoriques
augmentaient.
Durant cette longue période, en
particulier sous les Tang, la médecine chinoise a subi
l'influence de l'extérieur à cause des échanges commerciaux et
culturels plus importants grâce à la route de la soie avec les
villes du Moyen-Orient aussi éloignées qu'Antioche, et
indirectement même plus loin jusqu'à Byzance ou Rome. Et par
la route méridionale de la soie au pied des monts Karakoroum,
c'est le monde indien qui a transmis ses sciences bouddhiques
et médicales. Ainsi, le diagnsotic, la pathologie et la
thérapeutique ont toutes subi une métamorphose au cours de
cette période.
Au début de la période
post-hannique, vers les années 280, le personnage le plus
représentatif est Wang Shu-Ho. Originellement médecin du
palais avec le rang de "chef de personnel", Wang Shu-Ho eut
une contribution double. Il fit une classification du
Shang-han-Lun de Chang-Chi qui fut ainsi transmise à la
postérité et, surtout, il rédigea le Nei-Ching, ou le
Classique du pouls. Puisant dans le Neï-Ching,
cet ouvrage est devenu le recueil fondamental de la médecine
chinoise jusqu'à nos jours. Y sont répertoriées les 24 (plus
tard, 28) pulsations identifiables dont la qualité et la
signification sont décrites de façon pittoresque, ainsi la
pulsation "fuyante", "flottante" et "nerveuse". Cette
dernière, par exemple, indique une gêne dans la circulation du
sang et une force étrangère dans le corps. Wang Shu-Ho définit
les trois prises de pouls sur le poignet où chacune d'elles
est indicatrice des conditions des organes. En position
moyenne (prise sous le médius), une pulsation "nerveuse"
indique des troubles dans le système digestif. Que
l'apposition des doigts (l'index, le médius ou l'annulaire)
sur l'artère radiale où elle atteint le poignet puisse être un
signe indicateur de tous les organes, est restée pendant
longtemps très peu crédible. La médecine moderne a rendu
quelque valeur au diagnostic chinois par le pouls. Cependant,
il est resté le plus difficile à
déterminer.
L'usage de plantes médicinales
s'est rapidement répandu au cours de la période post-hannique.
Un répertoire datant de la dynastie de Han comprenait 365
plantes médicinales et, complété sous les T'ang, il en
contenait déjà 850. De plus, la valeur thérapeutique de chaque
plante fut connue avec plus d'exactitude.
Ce fut un progrès important,
car les plantes étaient classées selon leurs principes
thérapeutiques fondamentales et non selon les maladies à quoi
elles servaient de remèdes. D'autre part, une plante pouvait
se combiner à d'autres dans une ordonnance pour soigner
différents maux. Grâce à une liaison plus étroits entre le
remède et la maladie, la thérapeutique s'est sans doute
améliorée.
Pendant la période
post-hannique, les praticiens ont aussi prescrit un grand
nombre de plantes médicinales. Ce ne fut pas nécessairement un
avantage, car ils ne faisaient appel qu'à une sélection et un
dosage plus délicats. Sous la dynastie de T'ang, on a souvent
prescrit des remèdes différents pour une même maladie. Ceci
était déjà fort distinct des méthodes du Shang-Han
Lun qui, lui, limitait strictement l'usage de plantes
médicinales. Et ces dernières avaient généralement une valeur
thérapeutique assez particulière.
Un médecin de la dynastie de
T'ang, Hiu Yin-tsong, commenta cette prolifération des
remèdes: "Les
médecins d'aujourd'hui ne savent plus reconnaître une
pulsation ni diagnostiquer une maladie, mais ils préfèrent
administrer un remède de plusieurs plantes selon le caprice du
jour."
Les nombreuses nouvelles
compositions d'un remède avaient parfois des origines
étrangères. Beaucoup provenaient de l'Inde. Sous les T'ang,
certaines notions du système médical indien de
l'Ayurvéda apparurent dans des ouvrages médicaux
chinois. L'érudit Sun Ssu-Miao qui mourut en 682 avait
notamment décrit le système ayurvédique des quatre forces et
de la pathologie conséquente: "Le corps de l'homme possède
les forces de la terre, de l'eau, du feu et du vent. Si celle
du feu est déséquilibrée, on a de la fièvre avec des bouffées
de chaleur en remuant le corps. Si celle du vent est
déséquilibrée, tout le corps se raidit et les pores de la peau
se referment. Si la force de l'eau est déséquilibrée, on a des
enflures sur le corps et la respiration devient brusque et
profonde. Enfin si la force de la terre est déséquilibrée, les
membres s'alourdissent et la voix
s'éteint."
Bien que cela ressemble au
concept chinois des cinq éléments, la théorie médicale
indienne est complètement différente et, pour cette raison,
elle ne fut pas du tout incorporée dans la médecine chinoise
malgré l'influence du bouddhisme sur la pensée philosophique
et religieuse sous les T'ang.
Après le demi-siècle de
division (les Cinq Dynasties) qui a suivi les T'ang, la grande
dynastie de Song (960-1279) s'employa à consolider son
pouvoir. Cela s'en ressenti dans tous les domaines, y compris
la médecine. La première grande étape fut la compilation,
l'annotation et la publication de tous les grands ouvrages de
médecine des siècles antérieurs. De 981 à 986, sur édit
impérial, on compila un millier de volumes sur la médecine. De
973 à 1116, un traité sur les plantes médicinales fut révisé
cinq fois. Afin d'encourager et élan, la cour décréta la
fondation d'un service pour la rédaction de textes médicaux en
1057.
Il y eut aussi une
uniformisation de la pratique de la médecine. En 1026, une
statue en bronze situant tous les points de l'acupuncture fut
dévoilée, ce qui mit fin, du moins officiellement aux diverses
controverses sur les positions exactes des piqûres. En 1064,
un autre ouvrage normalisa les ordonnances et fut distribué à
travers tout l'empire en vue de réduire la confusion qui
régnait quant à la composition d'un même remède. Ce point
était devenu si grave que même les praticiens s'embrouillaient
dans le choix des plantes à inclure dans un
remède.
En 1040, la cour créa une
"pharmacie" sous sa tutelle pour la délivrance de remèdes les
plus courants. Ils étaient vendus au public sous formes de
pastilles, de poudre ou d'onguent. La pharmacie se divisa en
sept branches en 1102. Des règles strictes en précisaient le
fonctionnement. Les médecines qui étaient de reste depuis un
certain temps, étaient jetées et remplacées. Et un remède
était normalement délivré gratuitement à ceux qui ne pouvaient
se le procurer. Si une agence de la "pharmacie" ne pouvait
fournir une médecine en cas d'urgence, le responsable en
charge était puni de cent coups de bâton. À côté de
l'uniformisation du contenu d'un remède et l'élévation de la
qualité d'une médecine patentée, ce système a accru les
revenus de l'État et a mis les médicaments à une meilleure
disposition de l'ensemble de la
population.
La diffusion de connaissances
médicales s'est sensiblement améliorée sous les Song grâce à
l'imprimerie, utilisée pour la première fois sous les T'ang.
Elle a ainsi répandu les informations médicales privées et
officielles. Pendant cette époque, on ne compte pas moins de
six cents publications périodiques médicales et, malgré la
prolifération des textes imprimés, la tendance était à la
simplification et non plus à la complexité qui avait
caractérisé jusque-là, la médecine et sa
pratique.
Quant au diagnostic, le
Classique du pouls de Wang Shu-Ho qui avait fait date
fut réécrit et baptisé l' Essentiel du pouls. Cela
épura grandement le sujet controversé de la prise du pouls et
fut l'une des causes de sa remise en usage un peu partout en
Chine. Le diagnostic gynécologique et pédiatrique et ses soins
subséquents se sont aussi nettement améliorés sous les Song.
Les praticiens des Song savaient diagnostiquer et soigner la
variole, la varicelle et la rougeole, même si le traitement de
la variole restait encore peu efficace.
La médecine légale fut
instituée sous les Song. Dans ce domaine, le plus important
ouvrage est celui de Song Tseu, écrit en 1247, qui définit par
diverses informations pratiques les causes de la mort violente
avec plusieurs antidotes pour les cas d'empoisonnement. En la
matière, il fut le grand ouvrage de référence en Chine
jusqu'au XIXième siècle.
Sous la dynastie mongole Yuan
(1271-1368), des progrès considérables dans le diagnostic
furent faits avec de nouvelles méthodes en même temps que se
formaient plusieurs écoles de praticiens. Les neuf spécialités
sous les Song étaient passées à treize sous les Yuan.
L'addition importante fut sans doute l'ostéoplastie. Plutôt
que d'immobiliser un os fracturé ou un cartilage endommagé, la
méthode chinoise consistait en l'application d'attelles avec
des joints permettant une certaine mobilité. La guérison était
plus rapide puisque le mouvement autorisait une circulation
sanguine dans la partie blessée. Divers soins externes
(pansements) et internes (potions) en accéléraient la
guérison. Cette spécialité médicale chinoise a toujours de nos
jours droit de cité et est très efficace.
En plus, de l'école de médecine
impériale, les Mongols Yuan avaient créé des écoles locales
dans les différentes préfectures chinoises où l'entrée était
sanctionnée par un examen organisé tous les trois ans. Ceux
qui avaient réussi ces examens préfectoraux devenaient des
fonctionnaires dans les différents services et agences de
médecine de l'empire.
La pratique de la médecine sous
les Yuan continua dans le même sillage en abandonnant la
prescription embrouillée et en préférant une méthode plus
simple et plus précise de diagnostic et de traitement. La
sémiologie glossienne d'après l'ouvrage de Chang-Chi fut
remise en usage. Ce diagnostic notait la coloration, la
texture, la forme et l'enveloppe de la langue. Le praticien
des Yuan, Ao Che-tseng a rédigé un traité illustré
d'une douzaine de types de langues observés dans ses examens
cliniques. Plus tard, au milieu du XIVième siècle, le
praticien Tou Pen a élargi les premières notions
d'Ao Che-tseng en ajoutant vingt-quatre autres sortes
de diagnostics glossiens. Son édition comprenait une
illustration en couleur pour chacune d'elles. Ces recherches
de base ont nourri des générations de médecins
chinois.
L'acupuncture acquit son droit
de cité sous la dynastie Yuan. Le nombre des points de piqûres
prescrits pour un traitement a beaucoup varié avant le Xième
siècle (ou avant les Song). L'acupuncture était le parent
pauvre de la pratique médicale, car elle traumatisait assez
facilement le patient qui recevait des milliers d'aiguilles au
cours de séances de soins. Les médecins sous les Yuan
approfondirent l'acupuncture élaborée sous la dynastie de
Song. Ils ont même composé des vers pour une meilleure
mémorisation des points les plus communément utilisés. Grâce à
cette mnémotechnie, les combinaisons pour un traitement
particulier devenaient plus faciles et faisaient éviter aux
médecins des erreurs de thérapeutique. Ce fut une grande école
de praticiens qui se développa sous la dynastie Yuan et mérite
d'être mentionnée.
Quatre "grands maîtres" des
dynasties Kin et Yuan, Liu Wen-Shu, Li kao, Tchang
Tsong-Tcheng et Tchou Tchen-Heng, ont chacun grandement
contribué à la sémiologie. Ils ont aussi beaucoup ajouté
aux connaissances médicales puisque chacun s'est fait l'avocat
d'une théorie et d'une thérapeutique différente les unes des
autres. Malgré cette divergence, tous se sont fondés quand
même sur la théorie généralement acceptée avec une certaine
efficacité clinique. Ainsi, Li Kao trouvait que la santé (dans
le sens moderne du terme) dépendait d'un fonctionnement sain
du système digestif et qu'une maladie provenait d'une
faiblesse de ce système et de fonctions assimilatives
associées. Tchang Tsong-Tcheng, en revanche, arguait que les
influences du milieu ambiant (pris dans son sens moderne)
étaient les principales causes de la maladie. Chacune de ces
quatre écoles a traité ses patients selon ces principes et a
prouvé son efficacité dans le traitement de nombreuses
maladies. Par la suite, les médecins ont pratiqué selon une de
ces quatre lignes et, dans maints cas, la compétition a
stimulé à la fois la théorie et la
pratique.
Comme l'empire mongol Yuan ne
se limitait pas seulement à la Chine puisqu'il comprenait
aussi une grande partie de l'Europe et de l'Asie, dont les
régions islamisées d'Asie centrale et du Moyen-Orient. Les
contacts dans l'empire ont abouti à la création par la cour
mongole d'un Office médical musulman en 1270. Ses membres, des
praticiens musulmans étaient au service de l'empereur (grand
Khan) et des plus hauts fonctionnaires. En 1292, une
"Pharmacie musulmane" fut établie à Pékin, avec une agence à
Changtou, la résidence estivale du grand Khan, en 1322, pour
la préparation des médicaments traditionnels des musulmans.
Ils ont introduit de nouvelles plantes dans l'herbier chinois.
En outre, une sélection d'ouvrages médicaux islamiques fut
traduite en chinois tandis que des ouvrages médicaux chinois
l'étaient dans les différentes langues de l'Islam. C'est
certainement l'un des plus grands échanges de pensées
médicales entre la Chine et l'extérieur avant les temps
modernes.
L'art médical en Chine
poursuivit sa grande avance sous la dynastie Ming (1368-1644)
et jusqu'au XVIIIième siècle, sous la dynastie mandchoue
Ts'ing (1644-1911). De grands progrès dans les maladies
contagieuses, les épidémies et l'anatomie. Malheureusement la
corruption des mœurs, et le déclin politique de la Chine à
partir de la fin du XVIIIième siècle, ainsi que la concurrence
culturelle et scientifique de l'Europe ne présageaient rien de
bon pour la médecine chinoise
traditionnelle.
Les différentes écoles de
médecine chinoise de la dynastie Yuan se restaurèrent sous les
Ts'ing, mais elles se disputèrent en ouvrant le débat sur le
bien-fondé de leurs principes au détriment des autres.
Recherchant prééminence et influence en faisant appel à la
"renaissance de l'ancien", ces écoles ont publié un grand
nombre de commentaires, annotations et interprétations sur les
grands classiques chinois de la médecine tandis qu'elles
considéraient hérétique toute pratique ou ouvrage qui
s'écartait quelque peu des classiques. Malgré d'excellentes
révisions soulevées par ce débat, il eut pour effet d'étouffer
toute créativité et toute initiative.
Sous les Ming et le Ts'ing, il
y eut de remarquables praticiens, et le plus notable semble
être Li Shih-Chen, au XVIième siècle. Son père et son
grand-père étaient aussi médecins, et Li Che-Tchen décida de
poursuivre la même carrière après avoir échoué trois fois aux
examens impériaux pour la fonction
publique.
Il fut non seulement un médecin
de bonne réputation et de grande compétence, mais il innova
quelque peu. Il mit au ban les pratiques alchimiques et
superstitieuses des taoistes qui croyaient sauver la vie de
nombreux patients en administrant sans règle définie des
préparations toxiques à base de mercure et d'autres "breuvages
d'immortalité". Il se fit aussi le principal porte-parole
contre l'école des Ming et des Ts'ing qui se voulait issue des
grands classiques. En effet, il affirma que la plupart des
classiques de médecine étaient mal rédigés et surtout
manquaient d'objectivité.
La grande contribution de Li
Shi-Chen fut bien entendu la grande révision de l'herbier
chinois. Il passa la plus grande partie de sa vie à voyager à
travers le pays en soignant les malades. Au cours de son
périple, il put consulter plus de 800 textes sur les plantes
médicinales et se rendre auprès d'autres praticiens pour
discuter de problèmes cliniques. Il nota également les lieux
ordinaires de croissance des plantes.
Les efforts de toute une vie
furent couronnés par un ouvrage complet de 52 volumes faisant
la liste des 1892 remèdes d'origine végétale ou animale. Trois
volumes complets présentent des dessins de plantes, colorés
par l'auteur lui-même. L'ouvrage surpasse tous les traités sur
les plantes médicinales écrits auparavant, compte tenu de son
volume, sa classification et son exactitude. Et depuis la mort
de Li Shih-Chen, cet ouvrage reste le fondement de toutes les
études de la phytothérapie chinoise.
Les contacts de la Chine avec
l'Europe furent de plus en plus suivis sous les dynasties Ming
et Ts'ing. Les missionnaires catholiques qui vécurent en Chine
apportèrent des connaissances médicales importantes aux
praticiens de la cour. Mais la limitation de ces connaissances
et méthodes européennes de la médecine à la cour ne proposa
pas grand chose à la pratique traditionnelle chinoise de la
médecine qui se poursuivit jusqu'au XIXième
siècle.
Dans le courant de ce siècle,
la faiblesse des structure sociales traditionnelles chinoises
et le déclin latent des institutions ne purent guère avoir
raison de la concurrence européenne, et la médecine chinoise,
comme tant d'autres aspects de la culture traditionnelle
chinoise, s'effondra avec la chute de tout le système. Et dès
la fin du XIXième siècle, plusieurs mouvements se créèrent
pour le remplacement de la médecine traditionnelle par des
méthodes "plus avancées".
Au cours de la seconde moitié
du XXième siècle, eut lieu un réexamen des principes médicaux
chinois, et des pratiques de l'Orient et de l'Occident lui ont
redécouvert une perspicacité et des valeurs thérapeutiques
potentielles. Leurs nouvelles applications, associées aux
pratiques scientifiques modernes, peuvent très bien s'intégrer
en un même corps de la médecine chinoise pour un meilleur
développement universel de l'art de
guérir.
[NDLR: Les dynasties chinoises tirent en général
leur nom du "fief" chinois de leur fondateur, à l'exemple des
dynasties européennes. Aussi l'emploi de ces noms de terre
(Tcheou, Ts'in, Han, Tsin, T'sang, Song) est-il normalement
assimilé dans ce texte à leurs homologues européens (Valois,
Orléans, Bourbon, Habsbourg, Lorraine, Hanovre, Saxe-Cobourg).
Toutefois les dynasties allogènes assises sur le trône de
Chine, n'ayant pas de "fief" chinois, se sont alors
qualifiées (Liao, Kin, Yuan, T'sing) et la dynastie
nationale Ming a aussi suivi ce nouvel usage en prenant
ce "qualificatif" plutôt que le nom du "fief" de son fondateur
(Wou ). L'emploi de ces "qualificatifs" dynastiques est
aussi respectés dans le texte.]