![]() |
par Jean-François Smith |
Intrigue
En l'an 632 après la naissance de Henry Ford, la société mondialisée valorise la performance, la production, la technologie, le bonheur perpétuel et la vie en société. Toute la population, en majorité stérile, produite désormais en usine, est conditionnée par des techniques efficaces contrôlées par une élite. Bernard Marx, membre de cette élite, ne jouit pas d'un physique associable à un membre de sa caste, pour des raisons inconnues. Rejeté, il développe un comportement solitaire, comble de l'anormalité. Le hasard lui accorde l'occasion de faire voir Londres à John, un Sauvage vivant dans une Réserve où l'on enferme ceux qui ont refusé de s'accomoder au nouvel ordre mondial. John, conscient de sa liberté individuelle, se heurte à un monde où la collectivité est maître, où l'Homme n'est qu'un pantin au service de l'efficacité.
Résumé
Chapitre 1
Le Directeur de l'usine d'enfants de Londres fait visiter son établissement à un groupe d'étudiants. Ils y apprennent les principes fondateurs de la société et la constitution des classes sociales. Il y a l'élite, que sont les Alphas et les Betas, et la main-d'oeuvre, les Gammas, Deltas et Epsilons.
Chapitre 2
Le Directeur permet aux étudiants de voir une séance de conditionnement de jeunes bambins. On les électrocute légèrement lorsque ceux-ci touchent à un livre ou à une fleur. Le Directeur raconte à son public estudiantin en admiration l'histoire et l'avènement de l'hypnopédie, le conditionnement par le sommeil, dont ils témoigneront également d'une séance.
Chapitre 3
Le Directeur et ses étudiants rencontrent le Contrôleur Mondial de l'Europe de l'Ouest, Mustapha Mond. Celui-ci épilogue sur la nécessité de la stabilité et sur les horreurs de la famille, qui n'existe plus depuis longtemps
Lenina Crowne, une employée de l'usine londonienne, termine son quart de travail. Au vestiaire des femmes, elle discute avec une amie, Fanny, de sa relation exclusive avec Henry Foster, qui dure depuis plusieurs mois déjà. Fanny réprimande Lenina pour être si incorrecte.
Dans le vestiaire des hommes, Bernard Marx sent l'envie de frapper Henry Foster et son compagnon qui n'ont cesse de voir chez Lenina et les autres femmes de simples objets sexuels. Son physique réduit pour un Alpha lui empêche d'accomplir son souhait.
Chapitre 4
Lenina passe la soirée avec un Bernard Marx angoissé et gêné. Plus tard, Bernard rencontre son seul ami, Helmholtz, un Beta aux capacités de loin supérieures à la normale de sa classe.
Chapitre 5
Lenina termine sa journée avec Henry Foster. Bernard effectue son routinier Service pour la Solidarité (Solidarity Service). C'est une réunion où douze personnes, autour d'une table, noyées dans la musique, le parfum et le soma, drogue légale procurant un bonheur apaisant, chantent, boivent et appellent au nom de leur dieu, Henry Ford. Cette soirée n'a rien de convaincant pour Bernard.
Chapitre 6
Lenina continue de fréquenter Bernard, qui l'invite à visiter la Réserve de Sauvages du Nouveau Mexique. Elle appréhende un peu l'expérience, mais succombe à son exotisme charmant. Bernard est pour elle un personnage particulier. Elle le trouve attirant pour cette raison, et quelques-unes de leurs soirées la satisfont. Mais, un jour, Bernard la terrifie par ses blasphèmes successifs: il parle de liberté, de solitude, d'individualité. Aux commandes de son hélicoptère, il offre à Lenina de regarder la mer en paix.
Le Directeur de l'usine d'enfants de Londres, le supérieur de Bernard, le réprimandera sévèrement. Mais Bernard n'a pas peur.
Lui et Lenina quittent Londres en direction du Nouveau Mexique. Ils débarquent à Malpais.
Chapitre 7
Lenina est dégoûtée par la Réserve et les Sauvages. Bernard essaie de montrer qu'il s'amuse. Il rencontre par hasard Linda, qui n'est pas une Sauvage, et son fils John. Abandonnée il y a une vingtaine d'années à la Réserve, Linda prétend que le contrôle contraceptif qu'elle s'administrait était sans faille. Mais John est véritablement son fils, dont le père est le Directeur de l'usine d'enfants de Londres, le supérieur de Bernard.
Chapitre 8
John raconte à Bernard sa vie difficile à la Réserve. Bernard lui offre de le ramener à Londres, avec sa mère.
Chapitre 9
Pendant l'absence de Bernard, qui a quitté temporairement afin de conclure les préparatifs nécessaires au retour de Linda et de son fils, John admire la beauté de Lenina, profondément endormie par des fortes doses de soma.
Chapitre 10
Retour à Londres. Alors que le Directeur de l'usine d'enfants annonce publiquement, à ses employés, la condamnation à l'exil de Bernard, pour la subversivité de son comportement anti-social, Linda et John se présentent à lui. John s'agenouille: « My father! » C'est le coup d'éclat; tous en rient aux larmes. Être père n'est rien sauf vulgaire. Le Directeur est humilié. Il quitte et on ne le reverra jamais plus.
Chapitre 11
La popularité de John Savage ne se dément pas. Bernard, son protecteur, jouit d'un prestige qui lui fait oublier ses discours de liberté, ses griefs contre la société. Linda souffre; on la garde en vie artificiellement grâce au soma, au désarroi de John.
Lenina se sent fortement attirée par le Sauvage. Ils passent une soirée ensemble. John la ramène chez elle et la quitte. Ce n'est pas ce que Lenina attendait de lui.
Chapitre 12
John refuse de continuer à jouer les attractions touristiques. Il refuse d'accompager Bernard à un rendez-vous. La notoriété du Sauvage s'écroule, le prestige de Bernard s'effondre. Le pauvre se confie auprès de son ami Helmholtz. John les rejoindra. Ces deux-là s'entendent à merveille, à la grande jalousie de Bernard.
Chapitre 13
Lenina rejoint John, confiné dans son appartement. Elle tente de le séduire. Il lui avoue son amour. Tout près d'engager des rapports sexuels, John se refrogne violemment. C'est la crise. Il crie qu'elle n'est qu'une putain. Lenina est terrifiée.
Chapitre 14
Linda, la mère de John, meurt.
Chapitre 15
Déconfit par la mort de sa mère, John quitte l'hôpital. Sur son chemin, il se sent horrifié par les groupes de Deltas, ces vermines de Bokanovsky quasi inhumaines. Ouvrant une porte, un Alpha annonce la distribution quotidienne de soma, à laquelle répondent cent soixante-deux « Oo-oh! » extasié. John n'en peut plus. Il leur crie de tout stopper, de goûter la liberté, d'éliminer ce poison qu'est le soma, de se réveiller.
Pendant ce temps, Helmholtz, en compagnie de Bernard, reçoit un coup de fil. On lui parle de toute la commotion que John crée à l'hôpital. Ses deux amis le rejoignent en vitesse.
John n'a pas cessé de discourir devant une foule tout à fait impassible, « buggée » comme un ordinateur à qui on demande de diviser par zéro. Soudain il jette du soma par la fenêtre. Il crie. Libre! Libre! Helmholtz, exaltant, se fraye un chemin dans la foule et accompagne son ami. Il crie aussi. Enfin des hommes! Tous deux jettent du soma par la fenêtre et frappent tous ceux qui tentent de les en empêcher.
La conscience de Bernard le déchire. Il hésite trop longtemps entre assurer ses arrières et secourir ses amis. La police se jette dans la mêlée, armée de vaporisateurs de soma, de pistolets à eau et d'un synthétiseur vocal, dont la voix calme et apaisante invite à la paix, à l'amour et à la réconciliation.
Chapitre 16
John, Helmholtz et Bernard confrontent Mustapha Mond, le Contrôleur de l'Europe de l'Ouest. Bernard et son ami seront exilés en Islande.
Chapitre 17
Le Sauvage s'entretient longuement avec Mond. John n'accepte pas qu'on supprime la liberté au prix de la stabilité. Mond le comprend très bien, mais s'en fiche royalement.
Chapitre 18
John, dégoûté de la civilisation, quitte Londres pour vivre dans la campagne anglaise, là où personne ne vit puisqu'il n'y a rien à consommer. Il se replie sur lui-même, redevient le Sauvage qu'il fut, à la curiosité des journalistes. Il renoue avec culte le originel de la pénitence, il se flagelle chaque fois qu'il pense à Lenina. Il meurt pendu.
Commentaires
Pour un long commentaire à propos de cette oeuvre de Huxley, voir l'article Liberté et mécanique du même auteur.
Citations
«'Fortunate boys!' said the Controller. 'No pains have been spared to make your lives emotionally easy - to preserve you, so far as that is possible, from having emotions at all.' 'Ford's in his flivver,' murmured the DHC. 'All's well with the world.'»
Extrait de Brave New World
«'Stability,' said the Controller, 'stability. No civilization without social stability. No social stability without individual stability.'»
Extrait de Brave New World
«'The optimum population,' said Mustapha Mond, 'is modelled on the iceberg - eight-ninths below the water, one-ninth above.'»
Extrait de Brave New World
«Any culture which, in the interests of efficiency or in the name of some political or religious dogma seeks to standardize the human individual, commits an outrage against man's biological nature.»
Bibliographie
HUXLEY, Aldous, Brave New World, Londres, Flamingo Modern Classic, Harper Collins, 1994 (paru originalement chez Chatto & Windus Ltd, 1932).