Michel Tournier
Michel Tournier

présenté par Pascal Tremblay

   Michel Tournier est né en 1924 à paris. Il a lui-même prédit sa mort pour l'an 2000 (il aura alors atteint l'âge où son père et son grand-père sont morts) dans Nécrologie d'un écrivain, fragment de son livre Petites proses. Il n'est venu à la littérature que bien tard, à quarante-trois ans avec Vendredi ou les limbes du Pacifique qui lui a valu le grand prix du roman de l'Académie française. Le roi des aulnes lui a valu, pour sa part, le prix de l'Académie Goncourt dont il fait maintenant partie. A ce jour, il compte les œuvres suivantes:

Son cheminement

   Il est issu d'une famille chrétienne et a fait de sa religion une partie importante de sa vie. A seize ans il s'est intéressé à la philosophie et s'y est lancé à pieds joints. Il s'est surtout intéressé aux philosophes allemands. Jusqu'à vingt-cinq ans il explorera le domaine, mais suite à un échec total de ses examens, il décide de laisser tomber son orientation philosophique. Il conserve tout de même la philosophie comme base de sa vie, mais veut y joindre quelque chose qui lui permettrait de mieux l'exploiter. C'est là qu'il s'intéresse à la littérature. Mais avant de se lancer dans l'écriture même, il sera journaliste, autant à la télévision qu'à la radio. Il signera son premier roman en 1967, soit Vendredi ou les limbes du Pacifique. Il devra attendre trois ans avant de publier Le roi des aulnes qui lui vaudra le prix Goncourt. Deux ans plus tard il sera élu membre de cette même académie et continuera d'écrire.

Ses idées

   Michel Tournier aime exploiter, à travers ses œuvres, les grands mythes de l'humanité. On peut penser au mythe de Robinson Crusoé dans Vendredi ou les limbes du Pacifique, à celui des rois mages dans Gaspard, Melchior & Balthazar, à celui de l'ogre dans Le roi des aulnes ou bien à celui de la gémellité dans Les météores. Tournier considère que ses œuvres les meilleures sont ses plus courtes, entre autres Amandine ou les deux jardins et Pierrot ou les secrets de la nuit. Pour lui, Le roi des aulnes est son échec, malgré l'obtention du prix Goncourt, car c'est une œuvre qu'il n'a pu destiner à un jeune public. Pour qu'il puisse satisfaire son désir d'écrivain, il doit créer des œuvres qui plairont et aux jeunes, et aux adultes. Ce qui explique pourquoi il a voulu réécrire Vendredi ou les limbes du Pacifique en la version de Vendredi ou la vie sauvage.

Son travail

   Lorsqu'il parle de son travail, Michel Tournier dit qu'il s'agit malheureusement d'un travail solitaire, qu'il s'agit avant tout d'une expérience de lecture à partir de laquelle on exploite certains thèmes où on s'y approprie quelques idées. Pour ce travail, Tournier aime voyager afin d'aller mieux connaître les régions et les endroits dont il veut parler. Il veut en avoir une expérience tactile. C'est pour cette raison qu'il a du effectuer un tour du monde en deux ans et demi afin d'écrire Les météores.
   Michel Tournier écrit à la main, avec un Mont-Blanc qu'il trempe dans l'encre. L'odeur de l'encre l'inspire et il en a besoin pour écrire. Lorsqu'il parvient au troisième tiers de son labeur, il entame son tapuscrit. Cela lui permet bien souvent de terminer son œuvre en faisant un lien avec le début qu'il est en train de taper. On n'a qu'à penser à l'action phorique de Nestor et d'Abel Tiffauges respectivement au début et à la fin de son livre Le roi des aulnes.
   Mis à part ses projets d'écriture, il consacre aussi son temps à l'Académie Goncourt, dont il est membre depuis 1972.

Ses préoccupations et ses préférences

   Michel Tournier ne s'intéresse pas qu'à la littérature. Il s'intéresse aussi à l'art sous plusieurs de ses formes. Entre autres la peinture, art auquel il consacre un essai: Le Tabor et le Sinaï. Plusieurs peintres lui sont proches. Il s'intéresse aussi à la photographie qu'il a déjà pratiquée mais qu'il a vite abandonnée se rendant compte qu'il n'était pas de taille à concurrencer les Édouard Boubat et Arthur Tress. Il se préoccupe aussi de philosophie et de voyages. Côté musique, il affectionne beaucoup Johann Sebastian Bach, qu'il considère comme étant un véritable artisan qui se consacrait entièrement à son travail.

Citations

    «Il y a un signe infaillible auquel on reconnaît qu'on aime quelqu'un d'amour, c'est quand son visage vous inspire plus de désir physique qu'aucune autre partie de son corps.»

   Extrait de Petites proses.

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    «A Monteux (Vancluse), j'ai visité la fabrique de feux d'artifice Ruggiéri. Dans des petites baraques légères comme des plumes - prêtes à s'envoler sans dommage à la moindre explosion - j'ai vu d'étranges chimistes mêler dans des tubes des poudres multicolores, lesquelles allaient devenir plus tard, très loin d'ici, fusées, feux de Bengale, soleils, bouquets de lumière. Un écrivain, selon moi, c'est un peu ça.»

   Extrait de Petites proses.

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    «Or si le spectacle d'une bonne et heureuse manipulation d'un livre a de quoi réjouir le coeur d'un écrivain, c'est bien autre chose encore de voir certains lire avec leurs doigts! Toucher les mots, effleurer les métaphores, palper la ponctuation, tâter les verbes, prendre une épithète entre le pouce et l'index, caresser toute une phrase...»

   Extrait de Petites proses.

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    «Ombre. Le chemin de la vie va d'est en ouest. L'enfant marche le dos au soleil levant. Malgré sa petite taille, une ombre immense le précède. C'est son avenir, caverne à la fois béante et écrasée, pleine de promesses et de menaces, vers laquelle il se dirige, obéissant à ce qu'on appelle justement ses aspirations.
   A midi, le soleil se trouvant au zénith, l'ombre s'est entièrement résorbée sous les pieds de l'adulte. L'homme accompli s'absorbe dans les urgences du moment. Son avenir ne l'attire ni ne l'inquiète. Son passé n'alourdit pas encore sa marche. Il ignore la nostalgie des années défuntes, comme l'appréhension du lendemain. Il fait confiance au présent, son contemporain, son ami, son frère.
   Mais le soleil basculant vers l'occident, l'ombre de l'homme mûr naît et croît derrière lui. Il traîne désormais à ses pieds un poids de souvenirs de plus en plus lourd, l'ombre de tous ceux qu'il a aimés et perdus s'ajoutant à la sienne. D'ailleurs il avance de plus en plus lentement, et s'amenuise à mesure que grandit son passé. Un jour vient où l'ombre pèse au point que l'homme doit s'arrêter. Alors il disparaît. Il devient tout entier une ombre, livrée sans merci aux vivants.
»

   Extrait de Petites proses.

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    «10 novembre 1938. Toute la nuit, l'angélique m'a fait suffoquer et m'a obsédé de rêves de noyade et d'ensevelissement sous le sable, sous la terre, dans la boue... Je me lève, la poitrine toujours broyée, mais heureux d'en finir avec ces fantasmes qui grossissent une réalité déjà suffisamment revêche. Café amer au point de n'être pas buvable. Un grand brame. Deux grands brames. Aucun soulagement. La seule consolation de la matinée est d'ordre fécal. Je fais inopinément et sans la moindre bavure un étron superbe, si long qu'il faut qu'il s'incurve à ses extrémités pour tenir dans la cuvette. Je regarde attendri ce beau poupon dodu de limon vivant que je viens d'enfanter, et je reprends goût à la vie.»

   Extrait de Le roi des aulnes.

Bibliographie

CONTACT, Entretien avec Michel Tournier, La tête chercheuse inc., Québec, 1990.

LAROUSSE, Anthologie de la littérature française XXe siècle, Éditions Larousse, Paris, 1994.

TOURNIER, MichelLe roi des Aulnes, Éditions Gallimard, Folio, Paris, 1970.

TOURNIER, Michel, Petites proses, Éditions Gallimard, Folio, Paris, 1986.