Albert Camus
Albert Camus

présenté par Pascal Tremblay

En bref

   Né à Mandovie en Algérie le 7 novembre 1913, Albert Camus est considéré comme l'un des écrivains les plus nobles de la France contemporaine. Pour la plupart des critiques, son nom s'inscrit aux côtés de ceux des classiques. Bien que la légende populaire fait de lui un être d'une gravité cérémonieuse, Camus était plutôt vif et rieur. «On imagine très bien Ulysse avec le regard de Camus», écrivait même Jean-Claude Brisville dans le Figaro littéraire. Il fut romancier, dramaturge et chroniqueur, mais c'est en tant qu'essayiste qu'il s'imposa davantage. Le 17 octobre 1957, on lui décerne le prix Nobel pour avoir «mis en lumière les problèmes se posant de nos jours à la conscience des hommes». Albert Camus meurt dans un accident de voiture le 4 janvier 1960, à Villeblevin en Yonne.
   Son oeuvre compte les titres suivants:

Son cheminement

   Camus a débuté sa vie familiale de la même façon que Sartre: il fut très tôt orphelin de père, celui-ci étant tombé à la bataille de la Marne. C'est dans cette enfance d'orphelinat de père, d'Algérie et de pauvreté que naquit sa pensée. Se sentant constamment exilé, par sa patrie l'Algérie et par la France, qui à l'époque repoussait du revers de la main cette même Algérie, Camus devient une sorte d'«étranger», thème récurrent dans son oeuvre. De cette même situation de rejet et d'exil naît le thème du lieu clos. L'Algérie lui semble alors une société qui l'accepte mal et dont il ne se sent pas solidaire. Il trouve en Jean Grenier son maître. Bientôt, par ses études de philosophie, il sera marqué par les philosophes nordiques tel que Kierkegaard, par Nietzsche, par les moralistes français, dont le Pascal des Pensées sera le plus influent. Aux cours de ses études supérieures, il en vient à s'intéresser davantage à Plotin et à saint Augustin, mais la tuberculose freinera le rythme de ses études. Au cours de sa carrière, il sera influencé par Gide et Malraux, mais aussi par Montherlant, Barrès, Vigny, Vauvenargues, Corneille, Montaigne, Saint-Evremond, Dostoïevsky et Chestov. D'aucuns le rapprocheront des élégiaques latins par son lyrisme.
   En 1952, peu après la parution de L'homme révolté l'année précédente, Camus entre en polémique avec Jean-Paul Sartre à propos des buts et des visées de la révolution. Pour lui, l'absurdité de la révolution c'est qu'elle libère l'homme de sa prison métaphysique pour le condamner à avoir sa place dans l'Histoire. Bien qu'il ait été un homme de lettre, sa philosophie de l'absurde fit de lui un homme qui fut heureux par la mer et le soleil, puis que la vie sociale, dans son absurdité, n'avait guère à lui offrir.

Ses idées

   Camus exploite une série de thèmes étroitement liés à l'aspect général de l'absurdité. L'inquiétude et la culpabilité sont de ce nombre. Il fait aussi preuve d'une volonté de dépouillement, trait qui permet aux critiques de le relier aux écrivains classiques. Son écriture est imprégnée de cette absurdité et de ce dépouillement, non pas seulement dans son contenu, mais aussi dans son style.
   Pour Camus, la condition de l'homme est absurde, certes, mais ce dernier ne peut trouver son salut qu'à l'intérieur du monde, c'est-à-dire de cette absurdité. C'est en fait ce qui fait toute l'absurdité de la chose. Toujours selon lui, l'homme n'est par contre pas tout à fait coupable de cette condition puisqu'il n'a pas commencé l'Histoire. Là où pourtant il est coupable, c'est qu'il continue et poursuit cette histoire. Dans cette roue incessante de l'absurde, Camus ne reconnaît alors qu'un seul véritable problème philosophique sérieux, et c'est le suicide. Pour le philosophe, supprimer le problème, ce n'est pas le résoudre. La seule solution à cette condition humaine demeure donc la révolte. «Je me révolte, donc nous sommes», écrit-il en pastichant le cogito cartésien.

Son travail

   Lorsqu'il était à Alger, Albert Camus a dirigé deux troupes théâtrales, soient L'Équipe et la troupe de Radio-Alger. En 1938, il est journaliste pour Alger Républicain et en 1940 il l'est pour Paris-Soir. De 1944 à 1946, Camus est rédacteur en chef du journal clandestin Combat, associé au mouvement de résistance du même nom. En 1955 et 1956, il devient journaliste pour L'express.
   On a longtemps reproché aux pièces de Camus de manquer de vie scénique. Or, il faut considérer davantage la portée philosophique de ces textes que leur aspect formel et théâtral. Il faut céder à Camus que sa plume s'apparente plus à celle de l'écrivain qu'à celle du philosophe, ce qui est tout le contraire pour Sartre.

Citations

   «Je rêve parfois de ce que diront de nous les historiens futurs. Une phrase leur suffira pour l'homme moderne: il forniquait et lisait des journaux. Après cette forte définition, le sujet sera, si j'ose dire, épuisé.»
      Albert Camus dans La chute

   «Quand l'innocence a les yeux crevés, un chrétien doit perdre la foi ou accepter d'avoir les yeux crevés.»
      Albert Camus dans La peste

   «Car les mythes sont à la religion ce que la poésie est à la vérité, des masques ridicules posés sur la passion de vivre.»
      Albert Camus dans Noces

   «Un écrivain écrit en grande partie pour être lu (ceux qui disent le contraire, admirons-les, mais ne les croyons pas). De plus en plus cependant, il écrit chez nous pour obtenir cette consécration dernière qui consiste à ne pas être lu. À partir du moment, en effet, où il peut fournir la matière d'un article pittoresque dans notre presse à grand tirage, il a toutes les chances d'être connu par un assez grand nombre de personnes qui ne le liront jamais parce qu'elles se suffiront de connaître son nom et de lire ce qu'on écrira sur lui. Il sera désormais connu (et oublié) non pour ce qu'il est, mais selon l'image qu'un journaliste pressé aura donnée de lui. Pour se faire un nom dans les lettres, il n'est dont plus indispensable d'écrire des livres. Il suffit de passer pour en avoir fait un dont la presse du soir aura parlé et sur lequel on dormira désormais.»
      Albert Camus dans L'été

Bibliographie

BOISDEFFRE, Pierre de (dir.), Dictionnaire de la littérature contemporaine 1900-1962, Paris, Éditions universitaires, 1962.

BOURIN, André et ROUSSELOT, Jean, Dictionnaire de la littérature française contemporaine, Paris, Éditions Larousse, 1968.

FLORENTIN, Carole (dir.), Anthologie de la littérature française du XXe siècle, Paris, Éditions Larousse, 1994.

GIRARD, Marcel, Guide illustré de la littérature française moderne, Paris, Pierre Seghers, 1949.